Marc Belissa
Marc Belissa est maître de conférence en histoire moderne à l’Université de Paris X Nanterre. Son domaine de recherche est l’histoire politique des relations entre les peuples à l’époque moderne, et notamment pendant le "grand XVIIIème siècle" (1713-1815). Il s’est en particulier intéressé aux relations franco-américaines dans la période de la guerre d’Indépendance à la chute de Napoléon. Il a publié plusieurs articles et contributions à des ouvrages collectifs sur ce thème dont « La Diplomatie Américaine et les Principes du Droit des Gens (1776 1787) » dans Revue d’Histoire diplomatique, (1997, n° 1), « L’armée Permanente et la Politique de Puissance dans le Débat Constitutionnel Américain de 1787 » dans Aux Armes Citoyens ! Conscription et Armée de Métier des Grecs à nos Jours, (Paris, Armand Colin, 1998).
Enseignant à l’Université de Nantes de 1998 à 2001, il a étudié les archives consulaires conservées dans cette ville, aboutissant à une synthèse sur les relations franco-américaines vues par les diplomates français en poste aux États-Unis dans la période révolutionnaire et impériale. Cet ouvrage Aux Origines d’une Alliance Improbable : le Réseau Consulaire Français aux États-Unis, 1776-1815, (P. I. E. Peter Lang, Ministère des Affaires Étrangères, coll. "Diplomatie et Histoire", Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, 2005) offre une nouvelle approche de ces relations vues par les « praticiens » que sont les consuls.
Ses derniers ouvrages sont consacrés aux idées politiques dans le domaine des relations internationales : Cosmopolitisme, Patriotisme, Europe, Amériques, 1776-1802 (avec Bernard Cottret, Rennes, Les Perséides, 2005), Repenser l’Ordre Européen 1795-1802 (Paris, Éditions Kimé, 2006).
CONFERENCES
1. LE MARQUIS DE LA FAYETTE, COMBATTANT ET PROPAGANDISTE DE LA REVOLUTION AMERICAINE
Le marquis de La Fayette est le personnage central des mythes construits autour de la participation française dans la guerre d’Indépendance et un acteur de premier plan de la diffusion d’une image positive de l’Amérique en Europe dans les années qui précèdent la Révolution française. Né dans une vieille famille de l’aristocratie auvergnate, militaire et franc-maçon, il est l’un des premiers des nobles « patriotes » à rencontrer les envoyés américains à Versailles, Benjamin Franklin et Silas Deane avec lesquels il signe un engagement. On sait que bravant l’interdiction de Louis XVI, il s’embarque à ses frais dans l’aventure américaine et contribua à la victoire des Insurgents, notamment en permettant leur rapprochement avec les Iroquois. Mais tout cela est bien connu et nous nous intéresserons plus longuement à son rôle de diffuseur de ce que l’on pourrait appeler « l’américanisme » ou « l’américanomanie » au sein des élites françaises et européennes. Le « Héros des deux Mondes » est au centre d’une sociabilité américanophile, d’une propagande en faveur de relations étroites entre la France et l’Amérique. Il est également un des vecteurs les plus importants des principes constitutionnels américains et des débats politiques autour de la création de la république fédérale entre 1783 et 1789, contribuant à élaborer une image positive de la jeune république du Nouveau Monde auprès de l’opinion éclairée de la « vieille Europe ».
2. LES RELATIONS FRANCO-AMERICAINES VUES PAR LES CONSULS DE FRANCE (1776-1815)
Les relations franco-américaines sont un sujet central du débat politique contemporain en France comme aux États-Unis. Mais l’étude concrète des relations entre Américains et Français est peu présente dans l’historiographie, en particulier pour la période comprise entre 1776 et 1815. C’est pourtant alors que se mettent en place des liens diplomatiques, économiques et culturels, des images qui ont contribué à façonner leur histoire réciproque.
Dans cette période clé, les consuls de France sont des acteurs et des observateurs de premier intérêt. Souvent relégués par l’histoire diplomatique dans le domaine "mineur" du commerce, leur fonction se voit réévaluée par l’historiographie récente qui voit dans le XVIIIème siècle le moment où s’affirme une « culture de la paix » que manifeste, notamment, l’extension des réseaux de la correspondance pratique entre les États.
Il s’agira d’aborder ici l’histoire des relations franco-américaines entre 1776 et 1815 par le biais spécifique des sources consulaires. Quel est le rôle des consuls dans la configuration des réseaux diplomatiques ? Quelles images réciproques des Français et des Américains contribuent-ils à forger et à diffuser ? Comment s’acquittent-ils de leurs fonctions d’information et d’encadrement économiques et commerciales ? Quel rôle jouent-ils dans la stratégie de contrôle des colonies françaises et de la guerre de course dans les Antilles ?
3. AGRANDIR LE CERCLE DE LA CIVILISATION : LE DEBAT EUROPEEN SUR LES CONSEQUENCES DE LA REVOLUTION AMERICAINE
La Révolution américaine "ouvre une nouvelle perspective dans les affaires humaines et marque le début d’une ère nouvelle dans l’histoire de l’humanité". C’est en ces termes que Richard Price définit en 1785 la nature du bouleversement politique provoqué par la guerre d’Indépendance des Treize Colonies. La première des Révolutions du dernier quart du XVIIIème siècle est pensée d’emblée par l’opinion « patriote » européenne comme un changement radical pour tous les peuples. Avant même la victoire définitive sur la Grande-Bretagne, s’engage un débat sur les conséquences de ce séisme politique. Tout ce que l’Europe et l’Amérique comptent d’auteurs éclairés y participent. Les textes se répondent les uns aux autres avec une rapidité étonnante, grâce à un réseau de traducteurs et d’éditeurs des deux côtés de l’Atlantique. La presse, les almanachs, les encyclopédies contribuent à faire connaître l’Amérique au public européen.
Des deux côtés de l’Atlantique, on conçoit le "politique" à partir des mêmes références historiques et théoriques. Les œuvres de Locke, de Montesquieu, de Vattel, de Burlamaqui, ou de Pufendorf, sont connues de tous. Les révolutionnaires américains et leurs interlocuteurs européens se placent dans la continuité du débat des Lumières sur la politique de puissance. Ce débat engagé sur le terrain constitutionnel aborde en fait l’ensemble du devenir social de l’Amérique et de ses relations avec le monde. L’exemplarité de la Révolution américaine n’est pas seulement une incitation à la reconquête des droits des nations, c’est aussi une invitation à transformer pratiquement le droit des gens existant et à encourager des relations entre les peuples s’appuyant sur la réciprocité et l’égalité : c’est, comme l’écrit Thomas Paine à l’abbé Raynal, un encouragement à « agrandir le cercle de la civilisation ».
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