Hubert Haddad


Crédits photo : Elisabeth Alimi

En collaboration avec l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF)

"Qui a écrit Palestine? Un poète, dont la langue magnifique redonne vie et humanité aux douleurs quotidiennes du conflit. (...) Sous la palpitation des mots, dans la chair souffrante des personnages mis en présence au milieu de paysages absolument communs, dans l'ardeur des discussions recommencées, et au-delà du destin suspendu de Cham, Palestine est un roman offert en partage. Et sans doute l'un des plus beaux livres d'un écrivain qui s'y engage face à ses contemporains."

Le Monde des livres, Valérie Marin La Meslée 

L’intervenant

Né à Tunis en 1947, Hubert Abraham Haddad a suivi l'exil de ses parents quelques années plus tard, à Belleville, Ménilmontant puis dans les banlieues populaires. Il a connu les aléas de l'immigration entre un père marchand forain et une mère d'origine algérienne qui souffrait de troubles de l'identité, enfance évoquée dans son récit le Camp du bandit mauresque (Fayard, 2005).

En prise directe avec la poésie contemporaine au sortir de l'adolescence, il fonde la revue Le Point d'être dans la mouvance du surréalisme, revue à laquelle collaboreront entre autres Stanislas Rodanski, Charles Duits, Robert Lebel, Michel Fardoulis-Lagrange, Isabelle Waldberg.

Son premier recueil de poèmes le Charnier déductif paraît en 1967 (éd. Debresse), son premier récit écrit à la même époque, Armelle ou l'éternel retour, ne paraîtra qu'en 1989 (éd. Le Castor astral). A partir d'Un rêve de glace (Albin Michel, 1974 ; Zulma, 2005), les romans et les recueils de nouvelles alternent sans discontinuer avec les essais sur l'art ou la littérature, les pièces de théâtre et les recueils de poèmes.

Après une investigation des domaines du fantastique sous un jour halluciné, hyperréaliste, l'auteur de Perdus dans un profond sommeil (Albin Michel, 1986) et de L'Univers, roman dictionnaire (Zulma, 1999) investit tour à tour les territoires critiques de l'Histoire par le biais du mythe et de la légende - avec notamment Le Chevalier Alouette et La Double conversion d'al-Mostancir (tous deux publiés chez Fayard, respectivement en 2001 et 2003) - de la fantaisie onirique (La culture de l'hystérie n'est pas une spécialité horticole, Fayard, 2003), de l'investigation romanesque d'un mythe contemporain (La Condition magique, Grand Prix du roman de la SGDL (Société des Gens De Lettres), Zulma, 1998) ou de la plus brûlante actualité (Palestine, Zulma, 2007).

Sa pratique multiforme de l'écriture et des savoirs, ajoutée à sa longue expérience des ateliers d'écriture l'ont conduit à écrireLe Nouveau Magasin d'écriture(Zulma, 2006), sorte d'encyclopédie en action de la littérature et de l'art d'écrire offrant, en marge d'une réflexion sur livres et auteurs, d'innombrables jeux littéraires inédits, suivi en 2007 du Nouveau Nouveau Magasin d'écriture, ce dernier voué aux fastes de l'imaginaire à travers deux cents gravures choisies pour leur pouvoir d'évocation.

Plusieurs ouvrages d’Hubert Haddad ont été récompensés par des prix littéraires: Prix Georges Bernanos 1983 pour Les Effrois ; Prix Maupassant 1991 pour Le Secret de l'immortalité ; Grand Prix du roman de la SGDL 1998 pour La Condition magique ; Prix des cinq continents de la francophonie 2008 et Prix Renaudot Poche 2009 pour Palestine, un roman politique, un appel bouleversant pour la paix, d'une tension implacable, qui élève au mythe la passion amoureuse. 

Conférences et ateliers d’écriture

Littérature française et francophonie, ou le français comme langue des confins

La littérature de langue française actuelle s’élabore aussi bien en Afrique, au Moyen- Orient ou dans les îles Caraïbes qu’au sein de l’hexagone. Une part essentielle de sa richesse à l’orée du XXIème siècle provient de ce prodigieux débordement nourricier en contrecoup des défuntes ambitions coloniales : la langue française est demeurée dans les cinq continents en butin immatériel pour dire enfin l’altérité, la métaphore ampliative des ailleurs.  

Pourquoi la francophonie reste-t-elle la chance à ne pas perdre de la langue d’oïl ?

Quels sont les rapports exclusifs d’un écrivain avec sa langue, à Paris ou aux antipodes ?

Comment s’inscrit-il en elle du point de vue de son histoire personnelle?

Que signifie dans cette perspective les prises de position idéologiques liées aux influences et à la perpétuation des littératures ?  

La confrontation des pratiques singulières, éminemment atypiques, au Sénégal ou à Haïti, à Beyrouth ou à Québec, pourrait être féconde, même si il y a quelque audace à vouloir appliquer des schèmes d’espèce sociologique à l’exercice disparate des subjectivités aux prises avec le mystère du monde.

Ecrire un roman ou un poème à Tunis ou à Pointe-à-Pitre, c’est réinventer salutairement le français, le ressourcer aux confins du symbole et des signes, par une qualité unique de mémoire et d’histoire, d'éloignement et d’exil.

Mais la francophonie littéraire, par-delà les misères et splendeurs d’une langue, recouvre peut-être aujourd’hui le meilleur de la littérature française vivante par la violence et la singularité des enjeux qu’elle traverse, assimile et magnifie.

Eloge de la littérature de l’imaginaire en France aujourd’hui et hier (loin des impasses des formalismes et de l’autofiction)

La littérature française, dans ses œuvres vives, ne correspond probablement guère à l’image publique que nous nous en faisons. L’université, l’édition, et les médias en général, demeurent captifs du cercle vicieux de la vulgarisation et du business, oubliant au passage l’espace hors normes de la prose poétique ou l’aventure dérobée de la nouvelle. Le Nouveau Roman comme le minimalisme post-beckettien n’auront sans doute été qu’un épiphénomène du réalisme flaubertien ranimé par la leçon de Kafka, au demeurant symptomatique des désastres de l’humanisme en France au sortir de la Collaboration et des guerres coloniales.

La pérennité du surréalisme et des valeurs de résistance aura marqué l’après-guerre, de manière moins uniforme, avec, en figures de proue, Julien Gracq, Georges Bataille, Jean Genet ou Louis Aragon, mais aussi André Pieyre de Mandiargues, Noël Devaulx,  Michel Fardoulis-Lagrange et bien d’autres.

La fausse perspective de la médiatisation relative du fait littéraire occulte la réalité multiforme de la littérature de fiction en France (a fortiori dans sa réception mondiale). Comme l’est toujours activement le XIXème siècle, le siècle dernier demande à être reconsidéré et réévalué par une investigation critique vivante, et disons-le, poétique, rompant avec les formalismes universitaires et les appropriations partisanes de tous ordres. Le champ littéraire (et artistique en général) a pour singularité de ne pas coller à son image, d’être dans un décalage plus ou moins aigu quant à son actualité et à sa réception. 

Cette conférence se proposera d’esquisser un autre panorama, moins exclusif, plus attentif aux voix essentielles encore peu ou mal audibles, en pariant sur le génie de la langue. 

L’atelier d’écriture, éclairage sur l’élaboration d’une méthode active fondée sur le principe d’analogie universelle (voir les deux Magasins d’écriture, éditions Zulma)

L'écrivain qui s'adonne à  l'animation d'ateliers d'écriture apporte évidemment sa connaissance pratique autant que théorique du terrain. Qu'il soit perçu dans sa position un peu mythique d'auteur encouragerait plutôt l'émulation.

Avant tout, son rôle est d'invention permanente, de mise à l'épreuve généreuse de ses capacités de découverte, d'imagination, de fantaisie. Un écrivain, un artiste est quelqu'un qui sort d'une longue épreuve en forme de quête pour sa liberté. Transmettre cette perspective d'ouverture multiforme, cet esprit d'indépendance et cette disponibilité, voilà la part de l'écrivain.  

Par ailleurs, nous ne faisons dans l'atelier que déployer, à l'usage de tous, notre propre atelier solitaire, de nature syncrétique, afin d'expérimenter à vif – de manière cette fois analytique, du moins au départ – les procédures multiples qui mènent à écrire, à élaborer un texte, à le revisiter.  

Dans la plupart des ateliers, l'activité est basée sur un corpus de connaissances, de contraintes plus ou moins répertoriées. Mon approche est un peu différente: il m'apparaît, fondamentalement, que le premier savoir, commun à tous, c'est l'imaginaire. J'entends par "imaginaire" la reprise par le langage –  système de symboles organiquement intégré spécifiant l'humain comme ouverture – de tout ce qui fait notre présence au monde, avec pour réalité secrète les mythes et leurs dérivations légendaires, qui sont le mouvement vital de la psyché et l'étoffe de notre vie dont on tisse même les utopies.

En ce qui concerne l'invention, la créativité, peu importe que l'on connaisse oralement à peine deux cents mots ou que l'on ait emmagasiné le contenu d'une bibliothèque... Par ailleurs, il n'y a pas de hiérarchie dans la condition humaine: le langage nous fonde tous au même titre dans l'espace symbolique où s'invente et se gagne la liberté. 

Hubert Haddad se propose d’animer des ateliers d’écriture en français pour tout public, à partir de 14 ans. Ceux-ci durent deux heures.

Afin de préserver la qualité des échanges, Hubert Haddad souhaite s’adresser au sein de l’atelier à un nombre maximal de 12 personnes.

Liens  

http://www.youtube.com/watch?v=luWbJbFysLg

http://www.youtube.com/watch?v=j9LD2xPv9zQ

http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/le-reportage-poetique-dhubert-haddad-en-palestine

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