Philippe Jurgensen
En partenariat avec la Radio des cinq académies de l’Institut de France (Canal Académie)
Interventions associées au programme Great Decisions
L’intervenant
Diplômé de Sciences-Po et de l’ENA (Ecole Nationale d’Administration), Philippe Jurgensen a commencé sa carrière en 1969 en qualité d’Inspecteur des Finances. De 1973 à 1974, il est chargé de mission au Cabinet du Ministre de l’Economie et des Finances, après quoi il entre à la Direction du Trésor en tant que chef de Bureau, puis sous-directeur des Affaires multilatérales et à partir de 1982, il est Directeur adjoint du Trésor et chef du Service des affaires internationales.
Au titre de ces fonctions, il préside le Club de Paris sur la dette des pays émergents en 1984 et 1985.
De 1985 à 1987, il occupe le poste de Directeur des Relations Economiques Extérieures au Ministère de l’Economie et des Finances puis, pendant six ans à partir de 1989, de Directeur général de la Caisse Française de Développement, aujourd’hui Agence Française de Développement.
De 1980 à 1995, différentes sociétés font appel à Philippe Jurgensen comme administrateur : la Banque Européenne d'Investissement (BEI), Havas, la Compagnie Générale d’Electricité (CGE), Matra, le CNES, Dassault, le Crédit Lyonnais, Paribas, Indosuez, et entre 1995 et 2007 SIPAREX et l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI).
En 1995, il devient Président Directeur Général de la Sofaris (Société française de garantie des financements des PME) puis en 1996, Président Directeur Général de l’Anvar (Agence nationale de valorisation de la recherche). De 1996 à 2005, il assure parallèlement les fonctions de Secrétaire Général du Comité interministériel Eurêka.
Enfin, depuis 2004, il occupe le poste de Président de l’ACAM (Autorité de Contrôle des Assurances et des Mutuelles) et celui de membre de la Commission Bancaire.
Il est par ailleurs professeur (économie générale) à Sciences-Po Paris et donne à partir de 2010 un cours sur l’économie de l’environnement à l’IPAG (Ecole Supérieure de Commerce à Paris et à Nice).
Philippe Jurgensen a publié plusieurs ouvrages sur :
Écu, naissance d’une monnaie, éditions Jean-Claude Lattès, 1991, Prix de l’Académie des Sciences Morales et Politiques – Fondation Limantour et Prix Turgot 1992.
L'Euro pour tous, éditions Odile Jacob, Paris, 1998.
Le Guide de l'euro pour tous, éditions Odile Jacob, Paris, 2001.
- l’économie du développement et le développement durable :
L'Erreur de l'Occident face à la mondialisation, éditions Odile Jacob, Paris, 2004.
L'Économie verte, éditions Odile Jacob, 2009, Prix du Livre Environnement 2009 - Fondation Veolia Environnement.
Philippe Jurgensen a été décoré de la Légion d'Honneur (Officier) et de l'Ordre National du Mérite (Commandeur).
Conférences
L’économie verte : comment sauver notre planète ?
Cyclones, inondations, incendies se succèdent à un rythme accéléré depuis quelques années. L’écologie est aujourd’hui un souci partagé : les sondages montrent qu’une grande majorité du public de nos pays est prête à consentir des efforts pour protéger l’environnement – à condition du moins que ces efforts ne soient pas trop coûteux.
L’écologie figure en bon rang dans les programmes politiques : les « Verts » participent au gouvernement dans nombre de pays ; en France, le « Grenelle de l’Environnement » diffuse, au-delà d’un « principe de précaution » dont la généralisation peut paraître discutable, des principes sains comme la règle « pollueur-payeur » ou l’obligation d’établir des bilans carbone.
Pourtant, encore trop de comportements vont à contre-courant : la crise financière et économique a parfois conduit à abandonner des contraintes environnementales au nom de la protection de l’emploi. Chacun de nous, dans ses habitudes personnelles, contribue aussi, souvent sans le savoir, à la dégradation de notre planète. Concrètement, que peut-on faire, à l'échelon individuel, national ou international ? Quelles sont les priorités, quels sont les obstacles ? Quelles sont les échéances raisonnables, les programmes réalistes ?
Réagir efficacement, ce n'est pas lancer des anathèmes contre la mondialisation, faucher des cultures expérimentales ou préconiser l'arrêt de toutes les centrales nucléaires. C'est, au contraire, retourner, au profit de la nature, les deux grands instruments qui ont, parfois, contribué à la détruire : une science bien comprise, qui offre de multiples promesses, et une économie qui ne demande qu'à faire jouer ses lois en faveur de l'environnement, pourvu qu'on valorise, comme il convient, les productions et les approches écologiques.
C’est ce qu’on peut appeler l’ « économie verte » ou éconologie qui suppose une approche intégrée du développement durable, implique une gestion concertée de « biens publics mondiaux » comme l’eau, la terre, les forêts, la biodiversité et une progression vers l’ « éco-conception » (produits conçus dès le départ pour être facilement recyclés) et vers une « économie circulaire » (organisation dans laquelle les déchets d’une activité servent de matières premières à la suivante).
Une nouvelle démographie mondiale, prévisions et changements
Les évolutions démographiques ont une grande force d’inertie : l’avenir de notre population est déjà, en grande partie, écrit. Deux exemples suffisent pour l’illustrer : d’une part, tous les retraités de l’an 2070 sont déjà nés ; d’autre part le déclin de la population européenne « de souche », pendant les prochaines décennies est un phénomène inéluctable.
Les prévisions concordantes des démographes estiment que la population mondiale se stabilisera dans la seconde moitié de ce siècle à hauteur de 9,3 milliards d’habitants. Cette prévision peut surprendre, dans la mesure où la population de notre planète augmente encore actuellement en valeur absolue à un rythme sans précédent : 75 millions d’âmes par an. Nous sommes aujourd’hui près de 7 milliards (6,8 milliards exactement) sur le globe. Mais ce rythme est en train de ralentir du fait de la forte baisse des taux de fécondité et de natalité partout dans le monde, à l’exception notable de l’Afrique. Il en résultera, sauf dans ce continent, un vieillissement inéluctable de la population mondiale. Chacun peut comprendre les répercussions considérables qu’aura ce phénomène sur les régimes de retraites. On ne peut occulter non plus le poids des pays aujourd’hui en développement dans la population mondiale : les trois milliards d’êtres humains supplémentaires qui s’ajouteront à la population du globe viendront tous des pays actuellement en développement.
L’Afrique pour sa part qui ne comptait que 225 millions d’habitants en 1950, a vu sa population quadrupler depuis, et vient de dépasser le cap d’un milliard. Ce chiffre doublera encore d’ici le milieu du siècle. En 1950, moins d’un humain sur dix était africain ; cent ans plus tard, ce sera plus d’un sur cinq. La dynamique démographique de l’Afrique Noire est si explosive qu’il naît chaque année dans le seul Nigéria plus de bébés que dans l’ensemble des 27 pays de l’Union Européenne : six millions contre cinq !
Comment s’expliquent de tels déséquilibres ? Comment endiguer cette croissance démographique dans certains pays du Sud et la stimuler dans les pays du Nord ? Quels sont les enjeux de la croissance démographique sur la disponibilité des ressources naturelles, les équilibres économiques et sociaux – problèmes de niveau des retraites, de traitement de la dépendance - les mesures de redressement déjà enclenchées ?
La crise financière, une crise pour rien ?
La crise financière, détonateur de la crise économique qui a sévi dans le monde en 2009, est pour partie attribuable à des failles de la régulation financière, même si elle est surtout due à l’imprudence des investisseurs et aux excès spéculatifs des marchés.
De fait, les plus graves dérapages se sont produits dans les interstices d’une régulation financière parfois dispersée, comme aux Etats-Unis, entre un trop grand nombre d’organismes, et qui, surtout ne couvrait que très partiellement les innovations financières en matière de titrisation ou d’engagements hors bilan - et pas du tout les agences de notation financières, qui échappaient à tout contrôle et ont systématiquement sous-évalué les risques.
Les leçons de cette crise seront-elles retenues, alors que l’on voit déjà aujourd’hui s’amorcer de nouveaux excès tant en matière de titrisation que de risques de crédit (corporate, souverain, etc.), d’activités spéculatives sous prétexte de couvertures, et de rémunérations variables (bonus) ?
Les efforts des instances de concertation mondiales (G20) ou régionales (en Europe et ailleurs) pour notamment surveiller en amont les risques systémiques, renforcer les ratios de fonds propres, de solvabilité et de liquidité, harmoniser les règles comptables et combler les vides de la réglementation suffiront-ils pour éviter la constitution et l’éclatement de nouvelles bulles financières ?
Même si des progrès ont été réalisés, on peut en douter aujourd’hui face à la vive résistance des lobbies financiers et au manque d’une coordination internationale suffisante.
Liens
Vers les chroniques de Philippe Jurgensen sur Canal Académie : http://www.canalacademie.com/+-Philippe-Jurgensen-+.html
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