Yannick Mireur


Interventions associées au programme Great Decisions

L’intervenant

Auteur du livre préfacé par Hubert Védrine, Après Bush : Pourquoi l’Amérique ne changera pas (Editions Choiseul,2008), Yannick Mireur est un spécialiste des Etats-Unis et de la politique américaine.

Après des études à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, il a obtenu un Master of Arts et un doctorat en affaires internationales à la Fletcher School of Law and Diplomacy de l’université Tufts à Boston.
Il est le fondateur et rédacteur en chef de la revue Politique Américaine qui rassemble des articles de décideurs américains et d’universitaires, tels Lee Hamilton (co-président de l'Iraq Study Group), le secrétaire au commerce Bill Richardson, l’ancien secrétaire à la défense Schlesinger ou les professeurs Joseph Nye et Francis Fukuyama.
Il est également membre du conseil scientifique du Centre d'Etudes de la Politique et des Institutions Américaines de l’Université de Lyon III. Il fait l’objet de sollicitations régulières de la presse écrite et audiovisuelle (France24, France5, TF1-LCI, al-Jazeera).
Pour cet ancien collaborateur de Cambridge Energy Research Associates (société américaine de conseil dans le secteur de l’énergie), il s’intéresse en particulier aux aspects d’économie politique internationale, les questions énergétiques se situent naturellement au cœur du débat de la politique extérieure américaine.
Yannick Mireur a réalisé plusieurs études pour le Ministère de la Défense, notamment sur les liens entre énergie et défense dans la politique américaine ou les relations économiques entre les Etats-Unis et la Chine.

Conférences 

L'Amérique et le monde, partenariat ou hégémonie ?

La politique de l’administration Bush a rompu avec les trois grands principes hérités de l’après-guerre: retenue dans l’usage de la force, coopération internationale, absence de messianisme armé et de croyance absolue en la supériorité du modèle américain.

La militarisation excessive de la politique internationale des Etats-Unis depuis trente ans a connu son paroxysme avec l’invasion de l’Irak en 2003. Ce dernier épisode a conduit à une cassure avec les opinions alliées, et à décrédibiliser des États-Unis.
Après l’Irak et le rejet historique de l’Amérique de « W », l’hégémonie n’est plus de mise, mais le retour de la diplomatie ne sera pas facilité par la fragmentation du système international qu’accentue la crise.

Le retour à une politique plus réaliste, notamment vis-à-vis de la Corée du Nord et de l’Iran, est une tendance lourde et prévisible que devait poursuivre l’administration élue en 2009.  L’Europe revient au premier rang des partenaires des Etats-Unis dans le cadre de l’OTAN et de la crise économique, mais le premier test de l’administration Obama est le rétablissement d’une relation opérationnelle avec la Russie.

Conservatisme et progressisme en Amérique après « W »
La révolution conservatrice engagée dans les années 1950 a remporté la bataille pour l’esprit américain. Après la domination du libéralisme hérité du New Deal, des courants de pensée attachés à la libre entreprise et à une limitation du rôle de l’Etat ont régénéré la pensée conservatrice américaine. La contre-culture des années soixante a amplifié ces courants. La guerre du Vietnam et la détente voulue par Nixon face aux Soviétiques ont suscité un intérêt pour la politique étrangère et le renouvellement de la politique extérieure américaine.

Valeurs familiales, patriotisme et religiosité sont devenus des principes largement partagés dans la société américaine. Le nouveau conservatisme sut cependant maintenir une politique réaliste à l’extérieur. Pourtant les évolutions du capitalisme américain reaganiennes furent marquées par des inégalités croissantes et la remise en cause des grands équilibres hérités du progressisme rooseveltien. Les Nouveaux Démocrates de Clinton, convertis au workfare et à la rigueur budgétaire, ne surent pas corriger les excès de la politique conservatrice.

Le discours progressiste des deux candidats présidentiels en 2008 a souligné la nécessité de renouveler le contrat social américain. Tout comme le progressisme est un héritage politique à la fois républicain et démocrate, les attentes d’une pratique plus consensuelle de la politique se font d’autant plus nécessaires pour préparer l’avenir du système américain.

La réinvention du projet américain

L’Amérique doit renouveler son contrat social en recréant un grand équilibre entre Etat et marché. Celui-ci est imposé désormais par la crise économique, mais il était perceptible dès le milieu de la décennie du fait de l’angoisse de la classe moyenne. L’Amérique doit aussi restaurer sa crédibilité internationale.

Retrouver la confiance dans le modèle américain et renouveler celle de l’opinion mondiale sont les deux défis majeurs des années à venir. De ce point de vue, la tâche et le discours d’Obama sont comparables à ceux de Ronald Reagan bien plus qu’à ceux de son prédécesseur démocrate, Bill Clinton.

Mais pour renouveler le projet américain, il faut aussi considérer l’adaptation de l’American way of life aux exigences du moment, en particulier environnementales. La consommation d’énergie revient alors au cœur du sujet et se situe à l’interface entre politique intérieure et politique extérieure.
Seul un changement graduel semble cependant plausible dans cet exercice historique qui pourrait transformer la victoire de Barack Obama en une étape décisive de l’histoire américaine.

Lien vers le blog de Yannick Mireur : http://yannick-mireur.blogspot.com

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