Jacques Mistral
En partenariat avec le World Affairs Councils of America (WACA) et la Radio des cinq académies de l’Institut de France (Canal Académie)
Interventions associées au programme Great Decisions
Crédits photo : Elisabeth Alimi
L’intervenant
Jacques Mistral est professeur d’économie et directeur de recherches à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) ; il est également membre du Conseil d’Analyse Economique auprès du Premier Ministre, du Conseil d’administration du CEPII (Centre de recherche français dans le domaine de l’économie internationale), et de deux think tank français : le Cercle des économistes et la Fondation pour l’innovation politique.
Chroniqueur à Radio classique et à France Culture, Jacques Mistral a également signé de nombreux articles dans le domaine de la macroéconomie, des politiques économiques, et de l’économie internationale.
Son dernier ouvrage, La troisième révolution américaine (éditions Perrin, 2008) a reçu en 2008 le Prix du meilleur livre d’Economie et en 2009 le Prix de l’Académie des Sciences Morales et Politiques.
Après des études à l’Ecole Polytechnique, il obtient en 1977 son doctorat en économie à l’Université de la Sorbonne (Paris I) et devient chercheur au Centre pour la Recherche Economique et ses Applications (CEPREMAP). Il occupe successivement plusieurs postes de professeur, à l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique (ENSAE), de 1974 à 1992, puis à l’Institut d’Etudes Politiques, de 1982 à 1996 et à l’Ecole Polytechnique, de 1984 à 1994.
De 1988 à 1991, il occupe les fonctions de Conseiller économique de Michel Rocard, Premier Ministre, puis, de 2000 à 2001, il est Conseiller spécial de Laurent Fabius, alors Ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie.
De 1992 à 2000, Jacques Mistral exerce dans le secteur privé au sein du groupe AXA, d’abord comme Directeur Général (CEO) d’Axa Marine-Aviation-Transport puis comme Directeur opérationnel (EVP) pour la zone Asie-Pacifique, et Directeur des ressources humaines et des finances à Axa France.
Pendant cette période, il siège également au conseil d’administration de diverses filiales du groupe Axa (Hong Kong, Melbourne, Paris, Séoul, Tokyo).
D’août 2001 à août 2006, Jacques Mistral est Ministre-Conseiller financier à l’Ambassade de France aux Etats-Unis puis “Senior fellow” à la Kennedy School of Government de l’Université Harvard en 2005-2006.
En 2008, il a été élu Président de la Société d’économie politique, une organisation fondée à Paris en 1846.
Conférences
L’Amérique face au défi chinois (conférence associée au programme Great Decisions)
L’interdépendance commerciale et financière entre la Chine et l’Amérique est sans précédent historique, elle est si dense que l’expression « ChinAmérique » s’est imposée avec succès ; que recouvre-t-elle ?
Il y a évidemment le poids des intérêts économiques partagés. Mais si elles sont évidemment partenaires, l’Amérique et la Chine sont, sur d’autres plans, tout aussi évidemment concurrentes et rivales.
La Chine est une super puissance économique en devenir, l’Amérique est une hyper-puissance qui s’interroge sur son avenir : pour elle, la Chine est avant tout un défi. Ce n’est pas le premier qu’affronte ce pays !
La direction que prendra la relation entre les Etats-Unis et la Chine est sans aucun doute ce qui déterminera le plus directement l’avenir de la planète. Pour tracer une vue exacte et précise de cette relation, il faut se placer simultanément sur le terrain de la stratégie et sur celui de l’économie.
En Amérique, la Chine est dans tous les esprits et pas seulement pour des considérations liées aux importations, aux délocalisations et à l’emploi. Selon un sondage récent, une majorité d’américains considèrent que « l’émergence de la Chine comme une superpuissance constituerait une menace pour la paix ».
Parallèlement, la Chine déploie toutes les armes du « soft power » défini par Joseph Nye comme « la capacité d’obtenir ce que l’on veut par l’attraction plus que par la coercition ». Cela lui permet d’étendre rapidement son influence régionale ce qui pourrait à terme réduire d’autant celle des Etats-Unis.
Les deux pays continuent inévitablement à avoir des vues divergentes sur la façon dont le monde devrait être organisé. Plutôt que de vouloir élever la coopération bilatérale à des hauteurs inaccessibles, il est sans doute préférable, pour les deux partenaires et pour le reste du monde, de faire fonds sur une approche multilatérale plus traditionnelle.
La crise, le G20 et l’avenir de la mondialisation
Nous avons vécu pendant deux décennies l’ère d’une mondialisation triomphante. Mais la combinaison d’une crise financière gigantesque et d’une récession sévère ont bouleversé l’ordre du monde. Celui que nous avons connu est définitivement derrière nous, que nous annonce le monde qui vient ?
Il faut d’abord revenir sur les origines de la crise financière pour éviter sa répétition. Cela met en cause l’innovation financière, son utilisation, sa supervision. Les grands pays industrialisés parviendront-ils à trouver un accord sur la meilleure façon d’utiliser à l’avenir, avec plus de sécurité pour tous, le dynamisme de l’industrie financière?
Le G20 a été à cet égard une excellente initiative, et son premier mérite est d’exister. Il n’y a pas d’autre solution que d’affronter ensemble les problèmes difficiles auxquels nous sommes confrontés. La planète est hétérogène, elle n’est pas encore multipolaire, elle a besoin d’une coordination économique internationale : après les premières réunions du G20, une nouvelle gouvernance de l’économie mondiale peut-elle voir le jour?
Mythes et réalités de l’opposition entre « Amérique libérale » et « Europe sociale »
L’économie de marché a connu depuis deux siècles ses plus éclatants succès sous les traits du capitalisme occidental. L’Amérique et l’Europe connaissent des niveaux de vie élevés, pratiquent la démocratie, respectent la règle de droit. Mais on observe aussi, entre l’Amérique et l’Europe continentale, des différences fondamentales dans les conditions sociales. Le fonctionnement du marché du travail, l’étendue de l’Etat-providence, les attitudes à l’égard des inégalités suggèrent presque l’existence de deux mondes différents.
Pour tous ceux qui aiment l’Amérique autant que l’Europe, ou l’inverse, il est important de répondre aux questions suivantes : pourquoi la protection sociale est-elle plus ou moins étendue ? D’où vient la confiance accordée à l’intervention correctrice de l’Etat ou au contraire la méfiance qu’inspire le « big government » ? Un processus de convergence est-il engagé après le déclenchement de la crise ?
Poussant la comparaison assez loin, on constate en réalité que les deux systèmes sociaux, différents dans leurs principes et leur fonctionnement, étaient confrontés de longue date à des difficultés comparables.
Avec la crise, les difficultés ne font que croître : de part et d’autre de l’Atlantique, pour le Président Obama comme pour ses homologues européens, les difficultés de la réforme n’ont fait qu’augmenter et sur le front social et en matière financière. L’issue est-elle un rapprochement des deux modèles ?
La Présidence de Barack Obama constitue-t-elle une « Troisième révolution américaine » ?
Le point de départ de l’Amérique d’aujourd’hui, c’est évidemment cette élection de novembre 2008 où s’était manifestée dans les bureaux de vote l’idée que quelque chose de profond était vicié dans le système.
L’idéal américain, c’est que quiconque travaille dur et fait de bons choix ait un brevet d’accès à la classe moyenne, c’est à dire un bon job, l’éducation pour les enfants, une assurance santé et la retraite pour les vieux jours. Et ce que le début du XXIème siècle a vu, c’est la précarité de l’emploi, la stagnation des revenus, un accès aux soins plus restreint, le coût des études fortement majoré, les retraites par capitalisation en péril…
En relisant l’histoire du XXème siècle, la question qui se pose donc est celle de savoir si l’élection de Barack Obama apparaîtra à l’avenir comme une « troisième révolution ». Celle de Roosevelt avait dans les années trente, avec le « new deal », mis un terme au désordre engendré par un capitalisme déjà trop libéral puis inspiré l’adoption des droits civiques. Et celle de Reagan qui a restauré le jeu du marché et rendu son dynamisme à l’économie avant que l’administration Bush - Cheney ne lui donne l’allure d’une véritable contre-révolution.
En fait, la première année du Président Obama nous en apprend sans doute plus sur l’Amérique que sur la personne du Président. On peut mettre à son crédit le fait de n’avoir pas commis d’erreur majeure face à une situation épouvantable, d’avoir restauré l’image de l’Amérique dans le monde, démontré qu’il était sérieusement décidé à trouver une issue « victorieuse » en Afghanistan, il a stabilisé une économie en chute libre et entrepris une réforme structurelle fondamentale en arrivant plus près du but qu’aucun de ses prédécesseurs.
L’Amérique ne se satisfait pas de ce bilan : elle est paniquée en découvrant ses faiblesses et en tâtonnant, face aux immenses difficultés de l’heure, pour trouver une issue.
Elle s’inquiète de la puissance chinoise : comment réagir ? Elle est tétanisée par la crise : mais en qui placer sa confiance ? Elle redoute la précarité, refuse l’impôt et rejette l’intervention de l’Etat. Mais elle ne pourra pas indéfiniment repousser les choix…
Liens
http://www.canalacademie.com/Embarquez-pour-La-troisieme.html
http://www.dailymotion.com/video/xb7hju_interview-jacques-mistral_news
http://www.cigionline.com/publications/2009/9/national-perspectives-global-leadership-france
http://www.cfo-news.com/La-troisieme-revolution-americaine-10eme-Prix-du-Livre-d-Economie_a7547.html
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