Elisabeth Roudinesco

L'Intervenante

Historienne, docteur d’état ès lettres et sciences humaines, Elisabeth Roudinesco est Présidente de la Société internationale d’histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse (SIHPP), collaboratrice au journal Le Monde depuis 1996 et chargée de conférences à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) et à L’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE). Grande familière des plateaux de télévision, elle a su rendre accessible la pensée psychanalytique contemporaine.

Née en 1944, Elisabeth Roudinesco poursuit ses études supérieures à la Sorbonne où elle obtient sa licence de lettres modernes, option linguistique. Elle soutient sa maîtrise avec Tvzetan Todorov à l’Université de Paris VIII-Vincennes, puis sa thèse de doctorat de troisième cycle avec Jean Levaillant en 1975. Elève de Gilles Deleuze et de Michel de Certeau, elle sera membre de l’Ecole freudienne de Paris (1969-1981), fondée par Jacques Lacan, où elle reçoit sa formation psychanalytique et du comité de rédaction de la revue Action Poétique (1969-1979).

Elle collaborera ensuite au magazine Libération pendant dix ans jusqu’en 1996 et à la revue L’homme de 1997 à 2002. A partir de 1997, elle prend des positions politiques publiques en faveur des droits des couples homosexuels à adopter des enfants et participe à de nombreux débats sur la laïcité, le clonage, la génétique, l'inné et l'acquis, critiquant notamment l'expertise collective de l'INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) sur les psychothérapies. S’opposant ouvertement au port du voile islamique à l'école, elle rejette par ailleurs toute forme de discrimination positive.

Ses ouvrages sont traduits dans une trentaine de langues. Les derniers en date sont : La Famille en désordre (2002, Paris, Fayard) ; Philosophes dans la tourmente (2005, Paris, Fayard) et La part obscure de nous-mêmes - Une histoire des pervers (Albin Michel, Paris, 2007).

Conférences

Freud, penseur des Lumières sombres
Il s’agit dans cette conférence de montrer que Freud fut tout à la fois un penseur du progrès attaché aux Lumières et à la science et l’héritier d’une tradition critique qui a placé au cœur de la subjectivité un malaise ou une pulsion destructrice capable d’anéantir l’humanité elle-même et que l’on ne peut dépasser que par la réaffirmation d’une nécessité de la civilisation et de la démocratie. D’où l’idée qu’il existerait, face à la tradition des Lumières, née de la philosophie du XVIIIème siècle, une autre tradition, celle du pessimisme mettant en cause les idéaux du bonheur et du progrès linéaire.
On appelle pensée des Lumières sombres cette tradition  qui s’oppose tout à la fois au conservatisme, à l’obscurantisme mais aussi aux illusions scientistes. On retrouve ainsi chez Freud un héritage nietzschéen, dont Theodor Adorno a été le meilleur interprète.

Généalogie de la perversion
Où commence la perversion et qui sont les pervers? Est réputé tel depuis l’apparition du mot au Moyen-âge celui qui jouit du mal et de la destruction de soi et de l’autre. Mais si l’expérience de la perversion est universelle, chaque époque la considère et la traite à sa façon. Elisabeth Roudinesco abordera dans cette généalogie de la perversion les différentes manières de désigner les pervers, en occident, en portant l’accent pour le XIXème siècle sur la désignation des homosexuels, de l’enfant masturbateur et de la femme hystérique. Pour l’époque moderne, cette problématique sera mise en lumière à travers la question du nazisme et la manière dont Luchino Visconti l’a pensée dans Les damnés.
Au travers de ces analyses, Elisabeth Roudinesco montrera comment les différentes facettes de la perversion nous permettent de mettre en perspective le bien par rapport au mal, le sublime par rapport à l’abject.

"Que les pervers soient sublimes quand ils se tournent vers l’art, la création ou la mystique, ou qu’ils soient abjects quand ils se livrent à leurs pulsions meurtrières, ils sont une part de nous-mêmes, une part de notre humanité, car ils exhibent ce que nous ne cessons de dissimuler : notre propre négativité, la part obscure de nous-mêmes".

La différence des sexes : histoire et théories
Depuis les premiers travaux de Freud, la question de la différence des sexes n’a pas cessé de faire débat au sein du mouvement psychanalytique entre les hommes et les femmes. A l’école viennoise qui soutenait l’existence d’une libido unique partagée par les deux sexes et représentée par des femmes, disciples de Freud, s’est opposée l’école anglaise avec Ernest Jones et Melanie Klein qui préférait un dualisme: chaque sexe ayant ses caractéristiques propres.
En France, c’est à travers Marie Bonaparte que le débat s’est noué entre les deux guerres, puis, avec Simone de Beauvoir, à partir de 1949, et enfin, quelques années plus tard, avec Jacques Lacan qui fera une synthèse entre toutes les tendances. C’est dire à quel point la psychanalyse a été un terrain d’affrontements sur cette question polémique de la sexualité et de la différence entre hommes et femmes. Elle l’est encore aujourd’hui, notamment dans les débats concernant l’homosexualité et la question du genre.

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