Patrick Segal

Présentation

 

Patrick Segal est né à Epernay, en Champagne, en 1947. Dès sa jeunesse il se révèle grand sportif : il pratique l’athlétisme, le ski, le rugby, et les arts martiaux. Il est ainsi ceinture noire de karaté.

En avril 1972, un accident par arme à feu le contraint au fauteuil roulant. Il termine ses études et part vivre une année en Chine. Mais cet accident ne brise pas son élan. En effet, de 1974 à 1976 il entreprend un tour du monde en fauteuil roulant, qu’il raconte dans un livre L’Homme qui Marchait dans sa Tête, traduit en dix langues et qui obtient le Prix des Maisons de la Presse en 1977. En 1976, il traverse l’Atlantique sur le voilier du père Jaouen et travaille comme photographe aux J.O de Montréal et aux Jeux Paralympiques de Toronto. Ses clichés seront exposés à la FNAC et au Musée Pompidou. Il finit par entrer en équipe de France Handisport et participe à deux championnats d’Europe, un championnat du monde et aux Jeux Paralympiques de Séoul en 1988.

En 1980, il tourne son premier long métrage sur les Jeux Paralympiques : la nuit ensoleillée, film sélectionné à Cannes et aux Oscars de Hollywood en 1981. En 1985, il tourne pour la chaine de télévision France 2 (émission Résistance) un documentaire, Où es-tu camarade ?  sur la condition des personnes handicapées déportées dans les goulags en URSS.

Patrick Segal ne se contente pas de cette brillante carrière sportive. Il ressent le besoin d’un engagement plus profond pour la cause humanitaire de façon générale et plus particulièrement celle des handicapés. Il effectue ainsi une mission au Liban pour Médecins sans frontières (1976-1977), organisation pour laquelle il participe également en 1979 à une expédition dans l’Himalaya (Ama Dablam).

En 1983, Patrick Segal devient vice-président de Handicap International (ONG lauréate du Prix Nobel de la Paix 1996). Il participe à de nombreuses missions au Cambodge, en Afghanistan, au Mozambique, au Burkina, au Sénégal, en Cisjordanie - Gaza…C’est donc en toute logique qu’il devient Adjoint au Maire de Paris puis Délégué Interministériel aux personnes handicapées ( 1995-2002).

Patrick Segal est actuellement Inspecteur Général des Affaires Sociales.

 

Conférences

 

1. L’homme face au handicap

Retraçant sommairement les différentes étapes de ma vie, je suis arrivé à la conclusion que chaque homme est en quête d’une montagne invisible à gravir, une porte étroite à franchir et que le handicap contraint à l’héroïsme. Loin de me croire diminué je me suis senti enfin libre, comme si le carcan des convenances, le déterminisme social venaient avec le handicap de s’évanouir pour laisser la place aux rêves les plus ancrés au fond de l’imaginaire. Riche de mon éducation parentale scolaire et livresque, je suis parti sur les traces de Kessel, Malraux, Tintin, Norman Béthune et St Ex. Enfin libéré de l’inutile, j’ai exploré la planète, traversé des contrées désertes et des forêts profondes à la recherche de ma vérité. Le handicap, cette petite mort qui fait si peur à la société, m’a donné l’immense opportunité de devenir un missionnaire laïque. Quelle plus belle aventure que celle de guider des hommes sur les chemins escarpés de la vie. La force du paradoxe réside dans l’apparente fragilité de ceux que l’on qualifie à tord de handicapés, mais qui accomplissent l’exploit au quotidien. Chaque jour est un cadeau quand on a la chance d’appartenir à la race des survivants, comme l’écrit Primo Lévi. En m’asseyant dans mon fauteuil roulant je me suis mis à grandir, n’était-ce pas là la leçon que mes parents et maîtres voulaient m’enseigner. Aujourd’hui, après toutes ces années de combats jamais inutiles, je mesure à quel point l’homme est fait pour lutter contre l’inacceptable, s’engager et transmettre. Sans le handicap ma vie eut été sans doute conceptuelle et incomplète comme si la montagne invisible n’existait pas.

Je reste persuadé que si tout est difficile, ça peut être fait.

 

2. Quelle politique en faveur des personnes handicapées ?

« Il n’y a pas de plus grande maltraitance que d’être pris pour un autre » C’est par ces mots que je m’adressai aux sénateurs pour leur expliquer à quel point on se méprend sur la perception que l’on a du handicap. Définir l’autre, l’évaluer en fonction de ce qu’il ne peut pas ou plus faire est la première des violences faites aux personnes handicapées. Il en va de même du mot « handicap » venant de l’anglais « hand in cap » mettant en lumière la notion de loterie. Les termes « réponses aux besoins spécifiques » correspondent mieux à l’immense diversité des handicaps. Il n’y a rien de commun entre la déficience physique, mentale ou sensorielle et pourtant on regroupe ceux qui en sont atteints dans la même catégorie. Fort d’être une personne en situation de handicap, je me suis efforcé en écrivant des livres de donner un langage à ceux qui désiraient être appréciés pour leurs capacités et non pour leurs déficiences. En montrant les exploits des athlètes des Jeux paralympiques, je voulais illustrer mon propos et redonner à mes compagnons des pays émergents une raison de se sentir frères de lutte. Communiquer est nécessaire mais créer des outils est sans doute plus fondamental tant l’homme ne peut être inclus que si le tissus social s’y prête. J’emploie le mot inclus car il s’oppose à celui d’exclu et correspond mieux à la notion de cohésion sociale. La personne handicapée est un élément indissociable du tout et tout ce qui est fait pour elle est profitable à tous. Très curieusement, aucun rapport officiel ne fait état de l’apport économique généré par les créations d’emploi, les aides techniques, l’aménagement des transports et de l’habitat en faveur des personnes handicapées. Tout confère à réduire notre existence à la colonne « coûts » sans aucune pondération, comme si nous n’étions pas une valeur ajoutée. Si l’on regarde les politiques européennes en faveur de la prise en charge du handicap, on ne peut que mesurer le fossé qui nous sépare tant nous sommes encore dans une vision protectionniste, alors que nos voisins européens du Nord et d’Amérique sont dans une approche promotionnelle. A ceci j’ajoute que notre modèle éducatif fait encore la part belle à l’éducation spécialisée et non à la scolarité en milieu ordinaire, avec la participation d’enseignants de soutien comme en Italie.

Ayant été le conseil de divers ministres et d’un Président de la République, je mesure à quel point la mise en place d’outils en tous genres peut contribuer à l’émergence de notre pleine citoyenneté. La législation fixe le cadre, mais il reste au pouvoir politique centralisé ou décentralisé à mettre en place les outils et moyens humains sans céder à la tentation des dérogations.

Les trente huit millions de personnes handicapées en Europe sont une chance pour l’amélioration de notre qualité de vie au regard de la courbe exponentielle du vieillissement et de l’idée que l’on se fait de l’égalité des chances.

Tout ce qui est indispensable pour nous sera nécessaire pour tous.

 

3. L’engagement humanitaire

Naître ou vivre avec un handicap acquis en Europe relève parfois du parcours du combattant, alors que dire de ceux qui cumulent malnutrition, misère et conflits ?

Conscient que mon handicap n’était peut-être pas le fait du hasard, et nourri par ceux qui m’ont éduqué, j’ai naturellement rejoint les aventuriers de l’utile dans des pays en guerre, mais aussi là où l’on ne va pas parce qu’on ne peut pas soutenir toute la misère du monde.

J’ai fait de mon handicap un langage, un lien indéfectible, un passeport qui me donne le statut de citoyen du monde. Agir aux côtés des équipes de Handicap International c’est déjà rejoindre Malraux en Espagne, Kessel sur le front russe et Norman Béthune au côté de Mao.

Pour avoir rééduqué des centaines de paraplégiques et autant d’amputés victimes des mines antipersonnel, j’ai pu mesurer à quel point la tâche est immense tant le malheur des peuples est grand loin de l’opulence. Rendre des degrés de liberté à ceux qui rampent dans la poussière est notre mission, éradiquer les outils de mort notre honneur. Le Prix Nobel de la Paix décerné en 1996 à Handicap International couronne une action de terrain dans soixante pays du monde contre ces armes des lâches qui frappent aveuglément des populations civiles. Cet engagement donne un sens à ma quête de l’autre, parce que je n’ai pas l’impression que l’homme soit sur terre par hasard. Les technologies progressent, le monde cherche et invente pendant que des populations s’enfoncent dans le désespoir, alors en équilibre sur ces paradoxes j’ai choisi d’être du côté de ceux qui sont cassés, les handicapés et les miséreux à qui il manque un peu de dignité.

 

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